Trouble de la
personnalité borderline etat limite et les échelles d'évaluation
de la personnalité Rorschach,
MMPI, Das, MCMI, SAS, PDQ, IPDE, SIDP...
Peut-on
s'y fier ?
Introduction:
Il
existe beaucoup de tests de la personnalité et d'évaluation
de troubles mentaux mais aucun n'est parfait. Certains indiquent des tendances
et d'autres semblent totalement obsolètes ou non éprouvés
(leur
efficacité n'ayant pas été démontrée
autrement que par des "croyances") . Les tests semi-structurés
("semi-automatiques")
semblent les plus fiables.
De
tout temps on a cherché à pouvoir mesurer la personnalité
d’un individu notamment pour parvenir à une vision plus objective.
On
peut qualifier le DSM IV de questionnaire
qui contient la liste des toutes les maladies mentales répertoriées
par la communauté scientifique internationale.
Un
des bons cotés d’une échelle de mesure est justement d’atténuer
la subjectivité du psy qui ne repose alors pas que sur des convictions
personnelles.
Un
des inconvénients est que cette subjectivité retirée
à l’examinateur, se trouve alors transférée sur la
subjectivité du questionnaire lui-même. On ne peut pas prétendre
CONNAITRE une personne après lui avoir posé des questions
ou interrogé son imaginaire.
Du
bon et du moins bon (mauvais) usage de ces échelles d’évaluation.
Un
des « bon » cotés de ces questionnaires, en premier
le DSM, est de permettre de ne pas passer à coté d’un trouble
qui à première vue aurait pu nous échapper. Par contre
ces outils ne sont nullement des instruments qui peuvent déresponsabiliser
le psy qui les fait passer.
Ce
n’est pas un ou des questionnaires qui affirmeront que vous ne présentez
aucune pathologie psychiatrique, que vous êtes en dépression
ou que vous avez un trouble de la personnalité borderline mais uniquement
la personne qui vous a fait passé le test et qui en interprétera
les résultats… résultats qui dépendent de facteurs
non objectifs et non reproductibles comme votre coopération notamment
liée aux enjeux de tel ou tel résultat, votre humeur du moment,
… et surtout de l’état de l’examinateur lui-même
La graphologie
? Certains prétendent détecter les traits de personnalité
ou la psychose dans l’écriture. Pubmed, au moment où ce texte
est écrit, donne 4 auteurs d’études depuis 1980 sur les mots
« graphology diagnosis » et une (1) seule étude datée
de 1965 sur « graphology psychosis ». Avec semble t’il aucune
étude en double aveugle. L’ultra faible nombre d’études semble
constituer un élément suffisamment éclairant pour
douter de l’aspect scientifique de la chose.
Le Rorschach
se compose d'un ensemble de dix cartes avec une tache d'encre sur chaque
carte.
Il
a été développé en 1910. Ce test est
considéré "projectif" parce que le patient est censé
projeter sa vraie personnalité dans les taches d'encre via leur
interprétation. Mise à jour en 1942 Le
sérieux et la validité du Rorschach est fortement controversée
- particulièrement avec des sujets qui sont résistants.
La plupart des professionnels conviennent qu'employer le Rorschach seul
relève probablement de négligence. Le Rorschach peut être
rendu sans effet si un sujet fournit moins de 10 réponses ou décrit
seulement un secteur par carte. Quelques professionnels considèrent
le Rorschach comme étant non scientifique. (A noter que le Rorschach
semble encore beaucoup utilisé en France comme outil diagnostic)
Le MMPI
1942
(voir MMPI-2) est une questionnaire de 556 questions "vrai / faux"
Le DAS
ou Echelle d'attitude dysfonctionnelle de Weissman (1980) est un
questionnaire de 40 points avec des réponses allant de "Je suis
entièrement d'accord" à "je suis en désaccord total"
Le MCMI/ MCMI-II ou l'inventaire
clinique multiaxal de Millon est un questionnaire " vrai / faux " de 175
questions.
La première version
a été développée dans les années 70
et était construite avec des échelles représentant
les troubles de la personnalité contenus dans DSM III.
La version originale était
fortement controversé.
La nouvelle version est
sortie en 1987 et était basée sur DSM III-R mais ne
représente pas troubles du DSM IV.
L'attitude de la personne
faisant le test et les circonstances dans lesquelles les questionnaires
sont proposés peut avoir un impact significatif sur la validité
des résultats
Le SAS
ou echelle sociotropie-autonomie de BECK est un questionnaire de 60 points
avec des réponses allant de "Je suis entièrement d'accord"
à "je suis en désaccord total" (en %)
Le MMPI-2
ou "Minnesota Multiphasic Personality Inventory" contient 567 questions
(1990). (60-90 minutes)
Une
formation spécialisée et supervisée est recommandée
avant d'employer ce questionnaire. L'utilisation du test et l'interprétation
sans formation ou sans considérations appropriées relève
probablement de négligence. L'attitude de la personne faisant
le MMPI-2 et les circonstances dans lesquelles les questionnaires sont
donnés peut avoir un impact significatif sur les résultats.
Le
minimult est la version française résumée du MMPI
avec 172 questions
Le PDQ
/ PDQ-R /PDQ IV ou questionnaire diagnostique de personnalité du
Dr. Steven Hyler est un questionnaire vrai / faux qui comporte 163 questions
(99 questions dans le pdq4) (1994).
Il
a été construit avec des échelles qui représentent
des troubles de la personnalité. Cela prend environ 10 à
20 minutes pour le faire
L'IPDE
ou "International Personality Disorder Examination" de Loranger et OMS
(1994)(adaptation française Dr PULL) est un interview
clinique semi structuré compatible avec l'ICD-10 et le DMS-IV (semi-structuré
signifie que les questions sont complétées par l'expert)
(L'IPDE
existe en 2 versions, un screen de 94 questions "oui / non" qui permet
très rapidement de se faire une idée sur les troubles de
la personnalité possibles et la version complète de 100 questions
qui permet de poser des diagnostics mais aussi de disposer d'un score dimensionnel).
L'IPDE est disponible en version informatique
Le SIDP
/ SIDP IV ou entrevue structurée pour des troubles de la personnalité
DSM de Bruce Pfohl, M.D (SIDP IV 1997) (semi-structuré
signifie que les questions sont complétées par l'expert)
.
etc
...
données
issues notamment de "oregoncounseling, Dr jean cottraux, Dr daniel nollet,..."
* Wood JM, Lilienfeld
SO, Garb HN, Nezworski MT. - Dept. of Psychology, University of Texas El
Paso, USA
2000 J Clin Psychol.
- The Rorschach test in clinical diagnosis: a critical review
"En dépit de quelques
résultats positifs, le Rorschach a démontré
peu de validité comme outil diagnostique"
* Blais MA, Hilsenroth MJ,
Castlebury F, - Inpatient Psychiatry Service, Harvard Medical School, Boston,
USA
2001 J Pers Assess.- Predicting
DMS-IV cluster B personality disorder criteria from MMPI-2 and Rorschach
data: a test of incremental validity.
"En dépit de leur
utilisation clinique fréquente, la validité du Rorschach
(Rorschach, 1921/1942) et du MMPI (Hathaway et McKinley, 1943) n'a pas
été en adequatement établie...
Dans une reanalyse des données
existantes, nous avions utilisé des variables choisies de Rorschach
et l'échelle MMPI pour prédire les critères Dsm-iv
de troubles de la personnalité antisociale, borderline, histrionique
et narcissique chez un groupe de patients en recherche de traitement.
Les résultats indiquent une correlation
limitée entre les variables Rorschach et Mmpi-2, avec seulement
5 sur 30 corrélations étant significatives."
* Zalewski C, Archer RP.
- Department of Psychiatry and Behavioral Sciences, Eastern Virginia Medical
School, Norfolk.
1991 J Nerv Ment Dis. -
"Assessment of borderline personality disorder. A review of MMPI and Rorschach
findings."
Cette revue examine la littérature
pour évaluer le trouble de personnalité limite en employant
le MMPI et test de Rorschach. En
dépit de l'utilisation étendue de ces instruments dans l'évaluation
du trouble borderline, le degré avec lequel ils sont efficaces dans
l'identification du trouble demeure incertain...
En outre, aucune
preuve d'un grand soutien n'a été trouvée
pour l'hypothèse communément soutenue que les sujets avec
un trouble borderline montraient plus d'altérations sur des mesures
non structurées que sur des mesures objectives
Test
psychologiques et borderline, ce qu'ils en disent
"Je ne pense pas que
le Rorschach est très bien adapté pour diagnostiquer des
troubles de personnalité en général ou précisément
le trouble borderline, de plus il n'est pas nécessaire, puisque
ces troubles sont assez faciles à diagnostiquer en fonction des
informations sur la personne. Le Rorschach est tout à fait
controversé concernant sa validité. Il peut indiquer des
modèles significatifs au sujet sur la façon dont une personne
développe et intègre ses perceptions, ainsi il est utile
au therapeute d'une personne, mais pas tellement pour le diagnostic quant
à une compréhension de l'approche perceptuelle de la personne."
(daniel
c claiborn, "about rorschach", 2OO3)
"Le Rorschach est moins utilisé
et donne lieu à de moins en moins de publication depuis une vingtaine
d'années. Je pense qu'il ne répond plus aux attentes des
cliniciens et des chercheurs actuels car il repose trop sur des interprétations
malgré une tentative de quantification. Il se fonde sur la théorie
psychanalytique que nous considérons comme dépassée."
(Dr
J Cottraux - Directeur de l'unité de traitement de l'anxiété,
hopital neurologique CHU Lyon - 2OO3 - co-auteur de "Thérapies cognitives
des troubles de la personnalité" Ed Masson)
"Le Rorshach n'est pas pertinent
pour le diagnostic de trouble de la personnalité, pas plus que les
autres tests projectifs (MMPI et TAT) en raison du caractère catégoriel
( critères de diagnostics qualitatifs et non quantitatifs) de la
classification des troubles de la personnalité tant dans le DSM
que la CIM Il y a néanmoins des ressemblances dans certains termes
avec le MMPI (hystérique, paranoïaque,
etc.) mais avec des définitions différentes. Quant au système
de classification du Rorshach il s'inspire d'avantage de la psychanalyse.
Sur le plan de la recherche ce test n'a jamais rien donné en matière
de profils de personnalité, tant en matière de troubles du
comportement qu'abus de substance, "maladies psychosomatiques", etc. C'est
un peu une usine à gaz qui serait tombée en désuétude
s'il n'avait reçu un coup de jeune par la méthode Exner qui
le quantifie. A mon avis c'est un sursis et je crois qu'il est abandonné
dans les pays anglo-saxons" (Dr Daniel Nollet
2OO3 - co-auteur de "les personnalités pathologiques" Ed Masson)
"Le test de Rorschach appartient
à la panoplie de l’approche psychodynamique et il peut se réveler
décisif en cas d’errance diagnostique favorisée par l’atypicité
manifeste d’un trouble... Il faut se rappeler que les tests projectifs
n’ont été étalonnés en leur temps que
pour différencier structurellement névrose et psychose" (Dr
Didier Bourgeois 2OO4 - "Comprendre
et soigner les états limites")
"Le MMPI est un test relativement
inutile pour les problèmes légaux et pour diagnostiquer le
borderline. Je connais une personne borderline qui a fait le MMPI
alors qu'elle se sentait bien, et puis le jour suivant tout en éprouvant
la dysphorie. Les résultats étaient choquant.
Le premier a montré des résultats semblables à ce
que vous avez décrit, le second montrait une pathologie antisociale.
Ni le MMPI ni les tests de Rorschach sont particulièrement utiles,
et ils peuvent être particulièrement mensongers pour des problèmes
de justice. Ces tests ont été conçus pour des
buts de recherche et pour aider des patients et des therapeutes au cours
de la psychothérapie. Ils n'ont pas été conçus
pour répondre aux normes nécessaires pour des décisions
de justice, et ne sont pas fiables à cet égard." (Leland
M. Heller, MD, “Borderline Personality Disorder Diagnosis -MMPI”, www.biologicalunhappiness.com
)
"En plus de vingt ans de travail
psychiatrique, je n'ai jamais connu un psychologue clinique pour rapporter,
sur la base d'un essai projectif, que le sujet est une "personne normale
mentalement en bonne santé." " (Thomas Szasz. The Manufacture
of Madness. New York: Harper & Row, Publishers, 1970)
"Le Dr. Scott Lilienfeld et
ses collègues disent qu'il n'y a "pratiquement aucune preuve" pour
soutenir l'idée que le test de taches d'encre de Rorschach diagnostique
de façon fiable des problèmes émotionnels, tels que
la dépression et l'anxiété." (Erica Goode. "The
Battle over Rorschach’s Fabled Blots," Santa Barbara New-Press, Feb 2001)
"L'accumulation des études
publiées qui n'ont pas démontré la validité
pour des techniques projectives telles que le Rorschach. .
. est vraiment impressionnant... La seule chose que les taches
d'encre indiquent est l'imaginaire de l'examinateur qui les interprète.
Ces médecins en disent probablement plus au sujet d'eux-mêmes
qu'au sujet des sujets." (Anne Anastasi,"Rorschach Inkblot Test", op.
cit., 1982).
"Le Dr. Margaret Hagen, en décrivant
la fraude du témoignage psychiatrique devant les tribunaux, critique
l'utilisation du test de taches d'encre de Rorschach" (Margaret Hagen.
Whores of the Court: The Fraud of Psychiatric Testimony and the Rape of
American Justice. New York: Regan Books/HarperCollins Publishers, 1997)
L'association américaine
de psychiatrie: Rien de trouvé sur le mot "Rorschach" dans l'intégralité
de leur site web (recherche google 2OO3)
Point
de vue de l'Aapel sur les échelles d'évaluation de la
personnalité et le trouble de la personnalité borderline
Voici notre sentiment.
Pour
quoi faire ? Nous
pensons que les tests sont un "plus", mais pas suffisant pour aider à
determiner la personnalité d'une personne et spécifiquement
un trouble de la personnalité. Il permettent d'ajouter une objectivité
quantifiable à condition qu'ils aient été évalués
et validés.
Des
tests à priori "Mauvais" Nous
pensons que les tests les plus "délicats" sont les tests automatiques
avec des réponses "oui / non". "oui ou non" n'est pas une
réponse valable dans de nombreux domaines de la vie. Mais il est
faux de supposer que c'est le test lui-même qui est "dangereux",
ce n'est pas lui mais l'importance que nous lui donnons
Le
test le "Pire" (on peut débattre à l'infini sur le mot
"pire") Nous
pensons (libre à chacun d'avoir une opinion contraire) que
le pire des tests, même si il est possible de trouver des publications
qui affirment le contraire est le "test projectif de Rorschach".
Nous considérons qu'il est inacceptable de dire qu'une personne
a des tendances paranoïaques ou quoi que ce soit, seulement parce
qu'elle voit ou ne voit pas des "choses" dans une tache d'encre.
C'est une façon de "condamner" une personne uniquement en raison
de son imagination ou de son manque d'imagination.
Nous
pensons que c'est un manque total de respect de l'être humain que
d'utiliser ce test comme outil diagnostic. Un être humain
ne se résume pas à un imaginaire qui échapperait à
sa conscience. Cela sans compter que le patient se retrouve ainsi sans
aucun moyen de "controle" des interprétations faites par le psy.
Ce test étant de plus totalement non-reproductible (selon l'état
de la personne) et trop sujet à l'interprétation.
Si
vous voulez en savoir plus sur des spécialistes qui "détestent"
ce "test", vous pouvez aller à cette adresse http://www.deltabravo.net/custody/rorschach.htm
(Nous
ne sommes pas responsable du contenu du site indiqué)
Des
tests "Meilleurs" Pour
être plus productif. Les interviews semi-structurées (type
IPDE)semblent être plus objectives pour évaluer
une personnalité. Cela signifie que le thérapeute complète
certaines questions et parvient à une réponse non-automatisée
mais "cadrée".
Dans
tous les cas nous devons toujours être méfiants sur
les résultats d'un test car cela dépend de l'humeur de la
personne, si il ou elle est impatiente, si il ou elle ment et ce quelle
qu'en soit la raison,...
"Une
demi-heure et nous savons qui vous êtes !" Quelque
soit le test utilisé, nous ne croyons pas qu'il soit possible de
"connaitre" une personne juste après un rendez-vous !
Nous
pouvons avoir quelques indices, mais il est nécessaire de voir cette
personne plusieurs fois pour se forger une intime conviction, et particulièrement
pour détecter un trouble borderline chez une personne "fonctionnant
maxi".
En
tous les cas ce sera une "croyance", jamais LA "vérité" mais
la "vérité du thérapeute à un instant T"
"Le
meilleur des tests pour un trouble borderline" !? A
partir du moment où certaines personnes disent que l'on peut détecter
l'homosexualité dans une tache d'encre, nous pensons que nous avons
le droit de parler de notre test
sans problème de conscience... (et
puis soyons « généreux », cela permettra à
certains détracteurs de pouvoir nous "attaquer" sur l’échelle
de « notre narcissisme et de notre éventuelle incompétence
»). Ce test ne fournit aucun conclusion et doit être interprété
manuellement en prenant soin de faire préciser certaines réponses
qui pourraient se révéler ambiguës. Il présente
l'avantage d'une interprétation (adhésion) par le
patient lui-même. Malgré la quantité de questionnaires
reçus, je ne connais aucune personne diagnostiquée qui ne
se soit pas reconnue dans mon questionnaire
.
Mise en garde: Toutes les informations
présentes sur ce site sont dans le but d'aider à comprendre
une maladie pour le moins "particulière"
et déroutante Mais aussi et
surtout à soutenir les personnes qui souffrent, malades ou pas.
En tous les cas, il est INDISPENSABLE
d'avoir recours à un médecin
psychiatre et ou psychothérapeute spécialiste
de la maladie pour confirmer ou infirmer
un diagnostic Quoiqu'il en
soit le nom d'une maladie importe peu, ce qui compte, c'est d'appliquer
le "bon" traitement à chaque malade .
.
Dernière mise à jour decembre 2007 Copyright
fédération AAPELTM
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Auteur
Alain Tortosa, psychothérapeute, président fondateur de l'aapel
Association
loi 1901 à but non lucratif