Préambule
de l'AAPEL
Extrait
de "Le père noel est une ordure"
Anecdote
de Florence
Préambule
de Florence sur ses "flirts" avec
le suicide
Questions
posées à Florence sur
son vécu du suicide
Questions
posées à Agnès
sur son vécu du suicide et une triste réalité des
services psychiatriques
Conclusion,de
l'AAPEL
Extrait
: " Le père noël est une ordure " - Scène 1
(Un désespéré rentre dans une cabine publique de téléphone, il a un revolver à la main, il a du mal à faire un numéro de téléphone, un numéro qui n'en finit plus (quinze-vingt chiffres), ça sonne, on décroche à l'autre bout.)Voilà, cette scène aurait pu être la scène d’un documentaire avec une personne souffrant d’un trouble de la personnalité Borderline état limite
THÉRÈSE. Allô, Allô.
(Il parle en hoquetant, le revolver sur la tempe.)
L'HOMME. Allô... Détresse-Amitié ?
THÉRÈSE. Allô... Allô... Je ne vous entends pas...
L'HOMME. Je suis au bout du rouleau, qu'est-ce que je dois faire ?
THÉRÈSE. Je ne vous entends pas, appuyez sur le bouton.
(L'homme appuie sur la gâchette et tombe mort.)
(Noir.)
Anecdote
de Florence que voici :
Préambule,
témoignage de Florence qui nous parle de ses " flirts " avec le
suicide mais aussi d'un de ses amis, Christophe, qui lui ne peut plus en
parler
" Pour moi c'est le passé puisque depuis l'age de 23 ans je n'ai plus (ou de manière très fugitive) d'idées suicidaires.
Je crois que pendant au moins deux trois ans, je dirais de 18 à 21 ans, le suicide était quand même omniprésent, j'y pensais très souvent, j'avais quand même très souvent envie de mourir, de crever, et je pensais très souvent au moyen le mieux, je me rappelle en 1993 pour le suicide de Pierre Bérégovoy, beaucoup de médecins disaient que s'il n'était pas mort sur le coup, c'est parce qu'il avait appuyé sur la tempe, alors qu'il vaut mieux le faire ou dans la bouche, ou sous le menton, ou sur le front, il y a moins de risques de se "rater", j'y ai pensé pendant un moment, mais la bouche ça me terrifiait, alors je me suis dit que le mieux c'était de faire comme lui mais dans un bain, comme ça même si on n'est que dans le coma, on se noie quand même !Je peux vous dire que j'avais parlé d'un projet de suicide à ma plus proche amie, je lui avais dit que ça serait marrant si on allait toutes les deux se pendre sur ma balançoire, j'y pensais sérieusement en plus. Elle aussi elle était bizarre d'ailleurs, elle était toujours seule, sans amis, elle avait l'air de n'éprouver aucun sentiment.
Je parlais aussi à d'autres, en posant des questions du genre "une balle dans la tète, tu crois que ça fait mal ?" "La pendaison, ça dure combien de temps ?"
Donc j'avais des projets que certains connaissaient plus ou moins, même s'ils croyaient que je "déco...is" (drôle de manière de "rigoler" quand même !)Ensuite, j'avais très peur de l'échec, et je me souviens que je me disais à chaque début d'année "bon, si je rate cette année, je me suiciderai", et encore maintenant, je me dis des fois "si je perds tout, mes enfants, mon boulot, mari etc.. je me suiciderai"
Je crois que c'est ça, car actuellement je ne le ferais plus pour des choses aussi stupides ! Pour des choses vraiment très graves peut-être, mais pour un échec non. Je crois que j'étais très fragile, je ne voulais pas vivre, alors le moindre truc, c'est la goutte d'eau, le vase déborde et voila, on essaie de partir
J'avais un copain de fac, Christophe, qui à mon avis maintenant était borderline (instabilité affective, angoisse, envies suicidaires) et lui a réussi son suicide hélas après deux tentatives. A chaque fois c'était à la suite d'une rupture, la fille lui a annoncé qu'elle le quittait et il a essayé de se tuer.
Sa famille ne s'est pas plus inquiété que ça, je crois qu'ils le prennait pour un garçon fantasque, réveur et romantique.
Malheureusement, la 3e a été la bonne, de nouveau une fille lui annonce qu'elle le quitte, mais la il avait le fusil de chasse de son oncle sous la main, il s'est tiré une balle dans la tête et il est mort. Trois fois, c'était de l'impulsif, même si ce gars était souvent très triste et mélancolique et avait des idées noires.
A l'époque bien sur je ne savais pas qu'il était borderline (je ne le savais pas pour moi !) mais je le comprenais, j'avais senti toute la profondeur de sa tristesse qu'il cachait derrière une gaieté et une conversation pleine d'humour. Je n'ai jamais osé lui dire que je l'avais compris puisque j'étais comme lui, je regrette mais je ne savais pas non plus pour moi.
Mais voilà, une rupture, et il se tue, mais ce n'est pas cette fille qui l'a tué, elle a servi de détonateur. Un vrai gâchis, il avait 23 ans.Pour en revenir au suicide par impulsion, comme son nom l’indique il est impulsif donc imprévisible.
Par contre, un signe que cela ne va pas fort : je ne supporte rien, j'envoie promener tout le monde, je suis nerveuse et angoissée, ça c'est un facteur de risque à mon avis.Mais comment reconnaître des signes indiquant que la personne risque de passer réellement à l'acte, la c'est difficile, je crois qu'un changement brutal dans la vie du borderline est un gros facteur de risque, donc une rupture sentimentale, un deuil annoncé brutalement, un licenciement, tout ça serait susceptible de me faire faire une "connerie".
Quant aux envies suicidaires, avec l'age je n'en ai plus guère, mais quand j'étais jeune
je crois que ça se voyait quand je n'allais pas " - Florence
Q
: Vous décidez de vous tuer "pour vous" ou à cause du regard
des autres sur vous ?
Le
suicide n'a rien à voir avec les autres et ce n'est pas
pareil que pour les autres conduites auto-agressives. Je me dis la mort
peut être une solution si j'en ai vraiment marre et que rien n'a
plus de sens dans ma vie, et ça m'a "aidé" à le faire
de manière impulsive de
penser à tout ça, car actuellement je n'ai plus envie de
me suicider et je ne pense pas que je le ferais de manière impulsive
sauf bien sur s'il m'arrivait quelque chose de très grave, la peut-être.
Mais je sais qu'il y a cette solution, ça peut en être une
si un jour je suis toute seule, malheureuse et que j'ai tout perdu. Ca
m'aide à vivre de savoir ça.
Q
: Est-il nécessaire pour vous d'avoir des substances qui endorment
le cerveau, (alcool, drogues, médicaments) ?
Je
n'avais pas besoin de l'alcool pour y penser, mais je n'aurais
jamais pu le faire froidement, même si j'y pensais, je l'aurais fait
"poussée par quelque chose" un échec, la peur, l'angoisse,
etc...
Q
: Y'a t'il plusieurs cas de figures différents qui mènent
à la TS ?
Si vous regardez toutes
vos tentatives ou presque tentatives savez-vous dire qu'elle etait la raison
principale hormis le fait que c'était LA solution ?
Pour moi actuellement, j'en
vois une principale : Si je perds un enfant, la je crois que je me tuerais,
ça serait trop dur pour moi.
Si je perds mon boulot,
si je perds mon mari, que je suis seule, sans issue pour vivre, je pense
que je pourrais le faire aussi.
Si je suis infirme, défigurée,
si on m'annonce un cancer, je pourrais aussi en venir la.
Mais pour revenir à
mes tentatives passées, dans les 3 cas
ou j'en ai fait, c'était pour échapper à une situation
d'échec scolaire potentiel,
même si après j'ai réussi, j'ai eu des mentions, je
ne supportais pas l'idée de rater un partiel et de me prendre un
2 sur 20, ce qui m'est arrivé après avoir raté mes
TS, et j'ai eu 18 le coup d'après. C'est la peur de rater un partiel,
pour moi c'était le monde qui s'écroulait.
Q:
Quand c'est un projet mûrement réfléchi, ce n'est en
réalité qu'un jeu d'esprit qui ne mènera jamais à
l'acte ou pas ?
Si, un
projet réfléchi pourrait mener à l'acte
bien sur, mais il faudrait que mon humeur soit
stable dans la tristesse pendant assez longtemps, chose qui
ne m'est jamais arrivé quand j'y pensais sérieusement, même
si plus d'une fois j'étais au bord de le faire par pendaison, je
me suis serré plus d'une fois le cou avec un lien pour voir si ça
faisait mal, j'avais quand même réfléchi au meilleur
moyen de le faire, la pendaison me faisait un peu peur, j'avais fini par
me dire que le meilleur moyen c'était une balle dans le tète,
mais je n'avais pas d'arme.
J'aurais pu le faire oui
oui, mais mon humeur était très instable, j'avais
envie d'y passer à 10h, j'en pleurais
même, et puis à 12h je pensais à autre chose, à
18h de nouveau j'y pensais, et puis de nouveau mon état changeait.
J'aurais pu mourir à cet age, ça ne s'est pas fait, j'ai
eu de la chance ou peut-être de la malchance mais je suis encore
la !
Q
: Dans votre esprit le passage à l'acte du suicide ne peut donc
qu'être impulsif ?
(Il
est par exemple inenvisageable de planifier votre mort, de dire que dans
2 semaines vous allez mourir de cette façon, préparé
à la seconde, ...? )
J'ai
planifié ma mort plus d'une fois, mais au jour dit, je n'avais plus
envie, puisque je n'étais pas dans un état de tristesse.
Je vous dis, on est totalement instable dans notre
tète, donc à mon avis un borderline court plus de risques
de se tuer impulsivement que préparé
à l'avance( même s'il a pensé au suicide
avant, et très souvent). A mon avis le
risque est plus élevé, et c'est ce qui est grave d'ailleurs,
car comment le prévoir ?
Q:
Avez-vous à ce moment la, au moment de l'acte ou presque acte, en
tête la notion de fin de la vie définitive au moment de ce
projet impulsif
? (ou
pas)
Pas trop non, c'est très
flou, de toute façon pour moi la mort est un concept flou, deux
mois après la mort de ma grand-mère j'avais encore des réflexes
de l'appeler au téléphone. Non quand
je pense à me tuer ou que j'ai essayé, c'est pour fuir une
souffrance
intolérable ou une situation que je ne peux pas assumer, c'est tout,
sans notion de fin de vie. Quand j'y pensais la oui, j'avais
un peu plus la notion, même si ça restait très flou.
Q
: Plus précisément sur le suicide, au moment où l'acte
est quasi présent, le suicide apparaît comme LA solution ?
9 ans que cela ne m'arrive
plus, mais à l'époque (18 20 ans) ça m'apparaissait
comme une solution possible pour sortir de cette vie, je me disais "si
vraiment je n'en peux plus, il reste toujours cette solution". Quand
je faisais ça impulsivement, c'était
plutôt
pour échapper à une
situation, j'avais peu conscience de l'irrémediabilité de
mon acte, c'était flou et vague.
Q:
Le suicide est-il la pour se donner la mort ou pour un autre but, exemple
cesser de souffrir
Lorsque
j'y pensais, que je ruminais mes idées
noires, c'était plutôt pour la mort, surtout pour
partir de cette vie qui me faisait souffrir et qui était vide, sans
but, par contre quand c'était impulsif
c'était pour fuir... fuir une situation que je ne pouvais
pas assumer, l'échec, j'avais peur des conséquences que je
voyais intolérables, alors je fuyais.
Il y a une image qui me frappe
et qui me fait penser à mon état d'esprit quand j'ai fait
ces TS :
Les
gens sautant dans le vide du World Trade Center. Selon moi, ces gens ne
voulaient pas vraiment mourir en faisant ça, ils s'échappaient
de cette tour, de cette situation abominable, ils avaient peur, alors ils
ont sauté, pour fuir, même si bien sur en sautant ils sont
morts, ils n'avaient pas conscience de se suicider à mon avis, ils
fuyaient, c'est tout, je crois que moi c'était pareil,
même si bien sur ma comparaison est horrible, ce qu'ils ont vécu
est bien pire que moi.
Epilogue
Q
: J'ai le sentiment que si l'on se donne la mort de manière froide,
réfléchie, planifiée, on interdit à son cerveau
primitif de mettre en route ses mécanismes d'autodéfense,
d'instinct de survie et donc on peut passer à l'acte. Mais par contre
que si l'on est bien réveillé, pas sous alcool, médicaments
ou drogue, si l'on tente un acte impulsif
de suicide alors l'instinct de survie se met en route. Visiblement chez
vous ce n'est pas le cas, qu'en pensez-vous ?
Effectivement, il
n'y a pas de réflexe de survie chez moi, c'est ce qui me fait peur,
de savoir qu'à tout moment on peut faire n'importe quoi et qu'on
peut le regretter après, en une seconde on peut faire l'irréparable
(sur soi-même ou sur les autres)
Questions
posées à Agnès sur le suicide :
Q
: Vous décidez de vous tuer "pour vous" ou à cause du regard
des autres sur vous ?
Le
regard des autres est une de mes préoccupations majeures
: c'est pourquoi j'ai fabriqué une deuxième personnalité
sociale aux caractéristiques acceptables par la société.
Cette personnalité m'évite généralement de
subir les jugements des autres, me met aussi à l'abri des critiques
(fondées quelques fois par ailleurs ) qui me font souffrir.
Lorsque cette personnalité
ne suffit plus et que le sentiment de rejet ou d'inadaptation est trop
fort, j'utilise d'autres mécanismes de défense comme l'automutilation
ou la boulimie
pour me permettre d'évacuer "en secret" sans montrer l'intensité
de ma réaction, que je sais être anormale et disproportionnée.
J'ai construit tous ces
systèmes de protection au fil des crises, essayant de m'adapter
malgré mon trouble.
Le
désir de mort, par contre, est un sentiment que je porte en moi
depuis l'enfance. Mes premières idéations suicidaires
sont apparues assez tôt, vers l'âge de 10 ans. Je connaissais
déjà l'avenir auquel j'étais destinée par l'exemple
de mon père : travailler d'arrache-pied la majeure partie de sa
vie pour finir vieux et malade, méprisé et fatigué.
Il me revient d'ailleurs en mémoire une phrase que mon père
m'a dite lors de ma dépression : "Si aujourd'hui j'avais la possibilité
de tout recommencer (me marier, fonder une famille, travailler pour la
nourrir), je ne le referais pas". Tout provient donc de la conviction que
j’avais qu'il vaut mieux choisir la mort à une vie sans plaisir.
Cela était pour moi une évidence lumineuse : j'allais faire
de mon mieux pour m'intégrer comme mes parents à la société,
mais je décidai de ne pas reproduire les mêmes erreurs en
cas d'échec
Q
: Est-il nécessaire pour vous d'avoir des substances qui endorment
le cerveau, (alcool, drogues,
médicaments) ?
Non.
Lorsque je passe à l'acte, je suis déterminée, et
dans une sorte d'état second : complètement dissociée.
Je dirai même dans une transe très spéciale où
je ne laisse plus place au doute. Dans ces moments-là, je deviens
totalement hermétique à toute logique, centrée uniquement
sur mon but, sourde à toute tentative de me dissuader. En cas d'intervention
extérieure à ce moment précis, le désespoir
de devoir à nouveau affronter ma souffrance me fait entrer dans
une colère aveugle et destructrice, frappant les secouristes, me
cognant la tête contre les murs, me lacérant le corps avec
tout ce qui me tombe sous la main. Je deviens alors encore plus dangereuse
pour les autres et pour moi-même que pendant la dissociation.
On peut, je pense, parler de perte de réalité, d'un état
probablement très proche de la psychose.
C’est comme un barrage émotionnel qui cède dévastant
tout sur son passage.
Q
: Donc vous avez besoin d'une substance que j'appellerais "dissociation"?
L'Agnès "principale" "consciente" ne pourrait pas mettre fin à
ses jours?
Personne
ne peut consciemment mettre fin à ses jours. Non pas
par peur de la mort, mais par peur de la souffrance : les nausées
abominables des surdoses, les lavages d'estomac, le respirateur artificiel...
Si vous pensez à tout cela, vous ne pouvez pas passer à l'acte.
Il faut aussi penser à
l'égoïsme de cet acte : quiconque pense à la douleur
des proches ne peut sauter le pas.
Enfin, ceci est majoré
par la peur de se rater et de rester paralysé à vie... L'intubation
m'a abîmé une corde vocale, et j'ai bien cru rester aphone.
J'ai manqué de peu la greffe du foie, et j'ai failli perdre mes
deux reins. Je vous assure que c'est plutôt cela qui fait réfléchir.
Donc
pour passer à l’acte, soit vous vous droguez, soit vous vous dissociez.
Cela dit, pour moi, cela
ne remet pas en cause la véracité du désir de mort.
Simplement, se suicider n'est pas un comportement présent dans nos
gênes. Il faut donc se déconnecter de sa nature "animale"
et passer outre l'instinct de survie.
Q
: Y'a t'il plusieurs cas de figures différents qui mènent
à la TS ?
Paradoxalement, je dirai
que la TS mène à la TS,
comme une sorte de drogue. Une fois que l'idée vous trotte dans
la tête ou que vous faites une première tentative, la possibilité
de repasser à l'acte ne quitte plus votre cerveau.
A partir du jour de ma première
tentative, je me suis sentie emplie d'un désir de mort démultiplié.
De plus, j'étais sous très fort traitement et subissais des
effets secondaires terribles, incapable de lire ou d'écrire, enfermée
dans des hôpitaux vétustes parmi des malades hurlant jour
et nuit. Je n'avais clairement plus d'avenir… Chaque échec me renforçait
dans ma volonté de réussir.
Pendant un an, j'ai pensé
jour et nuit aux divers moyens de mettre fin à ma vie, expérimentant
tout ce qui me passait par la tête. Il m'est arrivé de faire
une TS par semaine : j'ai essayé l'électrocution, l'hémorragie,
divers médicaments, la strangulation… J'ai essayé de provoquer
des infections en enduisant mes plaies de toutes substances. J'ai cessé
de manger… Je me disais qu'en multipliant les tentatives, j'augmentais
les chances de réussite. Le suicide est
devenu ma drogue et très étrangement mon unique raison de
vivre.
La cause de cette obsession
était toujours la même : la vie m'était
insupportable, et le désir de mort désormais accessible,
tapi dans mon cerveau depuis tant d'années, était devenu
irrépressible.
Q
: Vous dites la vie m’était insupportable, la vie ou la souffrance
?
La
vie, pour moi synonyme de souffrance, est insupportable
Q:
Quand c'est un projet mûrement réfléchi, ce n'est en
réalité qu'un jeu d'esprit qui ne mènera jamais à
l'acte ou pas ?
J'ai
généralement toujours bien préparé mes tentatives,
même si le moment de les réaliser était parfois décidé
sur un coup de tête. Pour ma première TS (médicaments),
j'ai délibérément manipulé plusieurs psychiatres
pour obtenir rapidement une grande quantité de médicaments.
Chaque ordonnance était déposée dans une pharmacie
différente, et je m'étais renseigné sur les quantités
dangereuses. J'ai aussi fait le gué plusieurs jours pour trouver
un accès à la rambarde de sécurité de la Grande
Arche de La Défense, surveillant les rondes des vigiles…
En fait, je
suis très méthodique. Lorsque je tombe sur une
information utile et que je ne suis pas dans une période de passage
à l'acte, je la stocke dans un coin pour le jour où je souhaiterai
la mettre en œuvre. Le suicide est présent en permanence dans mon
esprit, que la volonté d'agir y soit ou non. C'est le seul moyen
pour moi de continuer : garder l'espoir que cela peut finir.
Q
: Mais avec un tel désir de "perfectionnisme" dans la mort, pourquoi
êtes-vous vivante aujourd'hui ? Vous vous dites cultivée,
plutôt intelligente, réfléchie, mais vous êtes
en fait totalement nulle ! :
Votre
question me fait mal.
Oui,
je suis totalement nulle. Je suis nulle parce que terrifiée
par le handicap.
Je pourrais vous parler
de Dominique, qui n'a plus de mâchoire et qui est aveugle depuis
qu'il s'est tiré une balle dans la tête. Je pourrais vous
parler d'Isabelle, en fauteuil roulant depuis qu'elle a sauté du
3ème étage. Elle ne savait pas que cette hauteur n'est pas
toujours fatale.. Estelle qui ne marche plus sans béquilles depuis
qu"elle a sauté du toit du pavillon familial… Et tant d'autres pour
lesquels mon ventre se noue... Personne ne respecte leur handicap. Passer
outre les interdits moraux et religieux entraîne forcément
un "châtiment". "Ils" payent pour leur faute. "Ils" l'ont après
tout bien mérité, pensent certains observateurs.
Connaissez -vous l'accueil
que l'on fait aux suicidants dans les services d'urgence ? Les anesthésies
que l'on vous refuse, les lavages d'estomac brutaux ? Le peu d'égard,
le mépris, l'absence totale de compassion de la part des soignants
alors que NOUS SOUFFRONS ? Ils sont persuadés qu'en nous traitant
de la sorte ils nous redonneront l'envie de vivre. (Sourire amer)
Alors oui, je prends sans
doute trop de précautions lors de mes tentatives. Je
fais en sorte de pouvoir obtenir des soins rapides en cas d'échec.
Et quelquefois, le sort veille sur moi... Le corps humain est
une machine incroyablement résistante, bien plus solide que vous
ne pouvez l'imaginer.
D'autres n'ont pas eu ma
chance... les "ratés", les infirmes, les oubliés. Ils n'ont
plus la parole, mais ils existent. Eux n'ont pas pris suffisamment de précautions...
Q:
Avez -vous à ce moment la, au moment de l'acte ou presque acte,
en tête la notion de fin de la vie définitive au moment de
ce projet impulsif ? (ou pas)
Je sais que ma vie peut
se terminer mais je laisse toujours une probabilité infime pour
que la tentative échoue. Je ne peux passer à l'acte avec
la certitude du résultat. Finalement, j'ai
besoin de croire que c'est en partie le Destin qui va me tuer.
Je garde toujours en mémoire
le court instant où j'ai sombré dans le coma après
un cocktail de médicaments particulièrement dangereux. Je
me suis sentie partir, mourir, avec certitude, et je ne peux vous communiquer
le sentiment de sérénité et de soulagement qui m'a
envahie.
Depuis, je
regrette tous les jours d'avoir survécu et je maudis
les médecins qui m'ont -difficilement- réanimée. Je
me maudis d'avoir échoué tant de fois. Aujourd'hui
je me suis réinsérée socialement et maîtrise
la plupart de mes comportements pathologiques. Et même s'il n'est
pas question pour moi actuellement de repasser à l'acte, je regrette
chaque jour d'être encore en vie sans amélioration à
l’horizon.
Q
: Plus précisément sur le suicide, au moment où l'acte
est quasi présent, le suicide apparaît comme LA solution
?
Bien
sûr, et de toute façon quelle importance si c'est
une erreur ? Je suis athée : pour moi, la mort est simplement la
fin de la vie. Une fois morte, je n'aurai ni remords ni regrets.
De quel droit m'a-t-on empêché
de mourir ? Je rêve d'une société où quiconque
pourrait demander l'euthanasie. Je voudrais que
l'on m'achève faute de me soigner correctement, au lieu
de me laisser me débattre dans l'enfer qui m'entoure.
Q:
Le suicide est-il là pour se donner la mort ou pour un autre but,
exemple cesser de souffrir ?
La mort en soi n'est pas
une fin, j'ignore ce qu'elle est. Mais la vie
me demande trop d'efforts. La balance avantages/inconvénients
n'est pas en sa faveur. J'ai 26 ans, et combien
d'années encore à supporter cette souffrance intolérable
et à garder la tête hors de l'eau ? Je suis à bout,
je le suis depuis l'age de 10 ans. Je me bats, mais j'aimerai que cela
cesse. Vraiment.
Q
: J'ai le sentiment que si l'on se donne la mort de manière froide,
réfléchie, planifiée, on interdit à son cerveau
primitif de mettre en route ses mécanismes d'autodéfense,
d'instinct de survie et donc on peut passer à l'acte. Mais par contre
que si l'on est bien réveillé, pas sous alcool, médicaments
ou drogue, si l'on tente un acte impulsif de suicide alors l'instinct de
survie se met en route. Visiblement chez vous ce n'est pas le cas, qu'en
pensez-vous ?
Les possibilités
de déviations de l'esprit sont infinies. C'est ce que l'on appelle
communément la folie…
Q:
Si avec un traitement, l’on vous permet de guérir de ces comportements
impulsifs, de ces émotions non contrôlées et donc des
souffrances qu’elles engendrent, pensez-vous que ce désir de mort
continuera de vous habiter ?
Non. Le désir de
mort est simplement la conséquence d'un trop-plein de souffrance.
Si mes perspectives d'avenir changent, et si j'arrive à entrevoir
un début d'espoir, alors je mettrai toutes les forces qui me restent
à guérir.
Epilogue
J'ai beau savoir que tout
cela est le fruit d'un esprit malade, je garde
en moi cette possibilité (espoir) de faire cesser mes tourments.
Il y a longtemps que j'attends le thérapeute qui m'apportera soin
et compréhension. J'ai sillonné les hôpitaux psychiatriques,
les cliniques et les cabinets privés. J'avais
cessé de chercher … jusqu’à découvrir votre site
Avec l'aimable collaboration d'Agnès
Pré-constat
de l'AAPEL
La
"morale" de l'histoire pourrait être que l'on doit être honnête
avec les personnes qui souffrent de cette maladie
mais faire attention aux mots que l'on
prononce "sans faire attention".
A
oui, ils sont insupportables, c'est
vrai, mais il ne faut pas dire des phrases comme "qu'elle aille se pendre
au moins on sera tranquille", car elle pourrait vraiment le faire !
Conclusion
de l'AAPEL sur le Suicide
Ne nous leurrons pas, nous
n’obligerons pas une personne souffrant d'un trouble borderline
à vouloir ne pas mourir, de même que nous ne pourrons
l’obliger à vouloir se soigner
Tout juste pourrons-nous durant les
crises tenter de mettre le maximum de bâtons
dans leurs roues afin qu’elles ne réussissent pas leur
acte
Si sur le coup elles nous détestent
de ne pas les avoir laissé faire, de ne pas les laisser dans leur
état, on s’en fout !
Alors comment
faire ?
Vous n’arriverez pas à me faire
croire que se donner la mort est un acte positif !
Si des malades choisissent sciemment
cette voie c’est bien en l’absence totale d’alternative (à
leurs yeux)
Merci de lire les pages
Impulsivité et trouble borderline
Troubles impulsifs et borderline
Guérison
.
Dernière mise à jour avril 2008
Copyright
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- Tous droits réservés
Auteur
Alain Tortosa, psychothérapeute, président fondateur de l'aapel
Association
loi 1901 à but non lucratif